Un violon vaut mille mots
Dawn Smyth, Le Front, , 04-Sep-97


J'ai découvert quatre grands enfants qui s'amusaient avec de la musique trop grande pour eux et qui portaient fièrement des bas rouge vif. J'ai découvert la fureur endiablée, la possession maudite d'une violonneuse qui jouait pour ne pas oublier son père, sa patrie, la région Évangéline, et peut-être aussi, pour ne pas s'oublier elle-même.

J'ai découvert l'enjouement, la chaleur, la tendresse de musiciens qui n'ont pas pensé à vieillir. J'ai découvert, avec une naïveté presque enfantine, un accent acadien absolument délicieux, si différent de l'écorchement quotidien qu'on fait subir à ma langue.

J'ai découvert que, parfois, il faut se taire et laisser parler la musique, même lorsque son message passe par une égoïne, un gazou ou une boîte de carton CO-OP placée sur la tête d'un spectateur réticent. J'ai découvert qu'avec Barachois, il fallait s'attendre à tout, à un spectacle d'humour et de danses à claquettes, à un drame subtil bien caché sous les sourires, à un duel de cuillères, à une explosion de couleurs.

J'ai découvert qu'il y a parfois des préjugés qui perdent leur raison d'être lorsqu'on y est confronté. J'ai découvert que les reels de violon ne sont pas partout les mêmes et que l'Acadie acadienne, au fond, n'est qu'un petit morceau qui fait partie d'un monde aux frontières un peu floues.

J'ai découvert qu'à certains moments, on pouvait oublier d'applaudir à tout rompre après chaque chanson et qu'on pouvait simplement se fermer les yeux pour apprécier l'emportement de la musique. J'ai découvert que, parfois, notre deuxième peau peut se trouver sur une scène sobre et sans fanfreluches.

J'ai découvert Barachois, deux femmes-enfants et deux hommes-enfants, un quatuor sublime, des Arsenault de l'Île-du-Prince-Édouard. J'ai découvert qu'il est possible de jouer des chansons traditionnelles sans se perdre dans la nostalgie.

Et je suis prête à vous jurer, sur mon honneur de journaliste ratée, qu'à chaque fois que la petite violonneuse touchait à son instrument, l'ombre du diable se glissait derrière elle.